Cette semaine, le marché a pu découvrir le dernier millésime d'Henri Giraud, l'Aÿ Grand Cru Fût de Chêne MV19 devenant la dernière cuvée à s'ajouter au canon de cette maison de Champagne peu connue, mais très prisée.
Connu pour ses cuvées à dominante Pinot Noir et son utilisation de chêne de la forêt voisine d'Argonne, Henri Giraud a su gagner une clientèle fidèle au fil des années, sans jamais atteindre le même niveau de reconnaissance que les maisons plus prestigieuses d'Aÿ.
À juste titre, un coup de projecteur a été mis sur le travail unique du maître de chai Sébastien Le Golvet et de son équipe lors de la dégustation, organisée au Carousel de Fitzrovia.
Depuis près de 400 ans, la famille puise son chêne dans les zones boisées vallonnées de l'Argonne, mariant le terroir chargé de minéralité de ses vignobles de craie Grand Cru avec les caractéristiques soigneusement définies des fûts de chêne, qui ont été affinés par divers processus de torréfaction.
C'est un régime incroyablement détaillé et précis. Tout le bois provient de la forêt d'Argonne, avant d'être utilisé pour la fermentation en barriques et l'élevage des vins. Parallèlement, de nombreuses recherches ont été menées afin d'identifier un certain nombre de terroirs et de parcelles différents, chacun apportant ses propres caractéristiques.
Il y a aussi une dimension de durabilité : pour chaque arbre abattu, d’autres sont replantés afin de maintenir l’écosystème.
« Personne d'autre dans le monde du vin ne travaille comme nous », explique Le Golvet, maître de chai depuis le milieu des années 2000 et gendre de Claude Giraud, propriétaire de la 12e génération.
« Nous avons identifié différentes parcelles de terroir dans la forêt et chaque parcelle aura un impact sur le vin : certaines parcelles sont plus anguleuses, tandis qu’ailleurs on a plus de générosité et des arômes d’abricot. D’autres parcelles donnent des notes plus veloutées. Nous géolocalisons également chaque chêne, avec une traçabilité complète des fûts. Le bois plus bas apporte plus d’ampleur, tandis que le bois plus haut apporte plus d’élégance et de finesse. Nous essayons vraiment de marier le fût avec les caractéristiques du vignoble. »
Le Golvet supervise personnellement la chauffe de chaque barrique, tout en dégustant le moût le deuxième jour de vendanges afin d'accorder chacune des parcelles d'Aÿ au chêne d'Argonne.
Dans la cave, les choses sont également très soignées. Un tiers du vin provient d'un système de solera à réserve perpétuelle, renouvelé chaque année avec des vins de la dernière récolte et qui porte les notes et les saveurs de chaque millésime depuis 1990.
Cela confère aux vins plus jeunes une richesse et une complexité, tout en ajoutant à leur tour intensité et profondeur (le MV19 2019 comprend un tiers du vin de base Solera et deux tiers du millésime 2019).
Ailleurs, l'amphore en grès est utilisée pour sa polyvalence dans le rosé Dame-Jane, qui est vinifié dans des œufs en grès, tandis que les réchauffeurs sont utilisés pour contrôler la fermentation malolactique et produire la richesse fruitée de la maison, soulignée par la salinité caractéristique.
La maison se distingue également par son système de solera séparé sur les rives de la Marne, qui constitue la base de la solera Ratafia de la maison (70 % Pinot Noir, 30 % Chardonnay). Cet assemblage vieilli en solera contient des fruits de 26 ans (de 1990 à 2016) et voit le moût fortifié avec de l'eau-de-vie de raisin pour faire une mistelle avant d'être élevé en fût.
Importée par Generation Wines au Royaume-Uni, la maison de champagne devrait célébrer son 400e anniversaire l'année prochaine.