À la suite de la dernière menace de Trump d'imposer des droits de douane de 200 % sur le vin français, Jens-Peter Barynin, économiste en chef chez VIVI Economics, évalue le coût permanent d'une telle incertitude.
Pendant plusieurs jours au cours de la semaine dernière, l’industrie mondiale du vin s’est retrouvée une fois de plus secouée par la géopolitique. Le président américain Donald Trump a menacé d'imposer des droits de douane de 200 % sur le vin français, un avertissement apparu dans un contexte de tensions croissantes dans les relations américano-européennes et de pression de Trump pour une plus grande influence américaine au Groenland. Le différend s’est approfondi après que le président français Emmanuel Macron a refusé de participer à une initiative de paix menée par les États-Unis, ce qui a incité Trump à signaler publiquement que des mesures commerciales punitives sur le vin français suivraient si la France n’y participait pas. Cette menace a ensuite été brusquement retirée.
La menace était grande dans le monde du vin. Les États-Unis sont le premier consommateur mondial de vin et le troisième importateur, juste derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne. La France est également un poids lourd sur les marchés mondiaux du vin, se classant parmi les premiers producteurs et exportateurs en valeur. Un droit de douane de 200 % aurait ajouté environ 23,60 dollars au prix moyen d'une bouteille de vin français consommée aux États-Unis, selon une analyse de VIVI Economics. Dans de telles conditions, ce commerce se serait effondré.
Même si la politique commerciale reste finalement inchangée, ce serait une erreur de conclure que rien ne s’est produit. Les importateurs américains se sont empressés d’évaluer leur exposition. Certains avaient déjà prévu des expéditions en provenance de France après le 1er février, confrontées à la perspective de tarifs suffisamment élevés pour effacer complètement les marges. Dans des cas extrêmes, les importateurs envisageaient discrètement d’abandonner les marchandises au port plutôt que d’absorber des pertes qui pourraient mettre en péril leurs activités. D’autres ont complètement gelé les nouvelles commandes. Une fois de plus, l’incertitude s’est répercutée sur la chaîne d’approvisionnement mondiale du vin, renforçant la réalité selon laquelle le vin peut rapidement devenir un dommage collatéral dans les conflits géopolitiques.
Si cet épisode était une frayeur isolée, il pourrait être facile de l’ignorer. Mais ce n’est pas le cas. En mars 2025, Trump a lancé une menace similaire de droits de douane de 200 % sur le vin, le champagne et les spiritueux européens. Cette menace a également été retirée, mais a rendu plus apparente la crainte que la géopolitique puisse bouleverser brusquement les marchés mondiaux du vin. Les premiers tarifs douaniers imposés par Trump sur le vin européen au cours de son premier mandat sont restés. Aujourd’hui, tous les différends ne sont pas résolus. Le plus notable est que les provinces canadiennes continuent de boycotter l’alcool américain dans le cadre des différends commerciaux en cours entre ces deux pays.
Les tensions géopolitiques vont persister. Les ambitions de Trump restent vastes et bon nombre de ses positions continuent de s’écarter fortement de celles de ses principaux alliés. Le Groenland reste un point de friction entre Washington et Copenhague. L’Europe et les États-Unis restent mal alignés sur le commerce, la politique environnementale, la diplomatie au Moyen-Orient et d’autres questions importantes. Il serait naïf de supposer que de futurs affrontements pourront être évités ou que le vin ne sera plus entraîné dans la ligne de mire.
Le vin est particulièrement vulnérable en raison de sa portée mondiale, de sa visibilité auprès des consommateurs et de sa capacité à générer rapidement des difficultés économiques. Il est impossible de prédire où surgira le prochain conflit ni quelle sera sa gravité. Ce qui est prévisible, c’est que les frictions géopolitiques se poursuivront et que le vin restera exposé. Cette dernière alerte tarifaire est peut-être passée, mais elle laisse derrière elle un signal clair. Dans l’économie viticole d’aujourd’hui, l’incertitude elle-même est devenue un coût que le marché continuera de payer.